Le 15 avril dernier, en plein mouvement de contestation nationale des Lycéens contre la suppression de poste d’enseignants, j’ai
reçu en tant que Député de Vincennes, Fontenay-sous-Bois, Saint-Mandé, et Maire de Saint-Mandé, avec ma suppléante, Mme Agnès ARCIER, Conseillère municipale de Fontenay-Sous-Bois, une Délégation
lycéenne de la même ville, afin d’analyser avec eux le fonds du problème.
Après une heure et demie de concertation, Agnès ARCIER et moi-même avons tenu à leur rappeler, dans un courrier que vous
trouverez ci-joint, les principaux fondements de la nouvelle adaptation de notre éducation nationale, pour mieux préparer leurs avenirs, en leur donnant toutes chances et moyens de réussir, en
adaptant l’Education nationale.
Vous trouverez ci-dessous la lettre adressée le 3 mai
2008 à la représentante de la Délégation lycéenne de Fontenay-sous-Bois en réponse à ses interrogations.
Chère Mademoiselle,
Suite à notre rencontre du mardi 15 avril où nous avons pu échanger avec vous et vos
camarades sur de nombreuses questions de fond pendant près d'une heure et demie, nous tenions à revenir sur certains des sujets évoqués et à vous apporter des compléments
d'information.
Ce sont des objectifs de progrès et d’amélioration de l’accompagnement des élèves qui guident les changements
engagés :
-Suivre l'évolution du nombre d'élèves en
maintenant la qualité du service rendu
Si le budget 2008 prévoit le non-renouvellement de 11 200 postes dans l'Education
nationale, il est inexact de prétendre que ces suppressions nettes de postes se traduiront par une dégradation de la qualité du service public.
L'évolution des emplois tient en effet d'abord compte de la démographie
scolaire. Dans le second degré, où, au niveau national, 8 800 emplois ne devraient pas être renouvelés, le système éducatif a perdu 145000 élèves au cours
des trois dernières années, et en perdra 40000 de plus à la rentrée prochaine. Pour l’académie de Créteil, nous perdrons à notre connaissance 4500 élèves pour la rentrée
prochaine.
La situation du lycée Pablo-Picasso
illustre cette évolution. L'effectif du second cycle s'élevait à 1 036 élèves pour l'année scolaire 2006-2007, 1 025 cette année, et une nouvelle baisse est prévue à la rentrée prochaine.
La baisse des effectifs en seconde et en première se traduira donc par la fermeture d'une classe pour chacun de ces niveaux, tandis qu'une nouvelle classe de terminale sera ouverte à la rentrée
prochaine. Comme une nouvelle classe post-bac ouvrira également, sur l'ensemble de l'établissement, le nombre de classes sera le même à la rentrée prochaine que cette année. Le nombre moyen
d'élèves par classe, passé de 30,3 au cours de l'année scolaire 2006-2007 à 29,5 cette année, devrait donc diminuer encore légèrement à la rentrée prochaine. Concernant les postes
d'enseignant, et selon nos informations, le bilan sera équilibré l'an prochain, avec un poste supprimé pour un poste créé.
Au lycée Jules-Michelet, compte tenu
d'une baisse plus forte du nombre d'élèves attendus à la rentrée prochaine, ce sont deux postes qui seront supprimés, pour un créé.
-Offrir de nouveaux services aux élèves
L’évolution des postes ne répond pas à une approche comptable dogmatique, contrairement à
ce que certains vous expliquent parfois.
Elle est destinée à dégager des marges de manoeuvre pour
offrir de nouveaux services aux élèves : accompagnement éducatif après les
cours de deux heures par jour, stages gratuits pendant les vacances scolaires pour les élèves en difficulté des classes de CM1 et CM2, réaffectation des heures de cours supprimées le samedi matin
sous forme de soutien personnalisé aux élèves en difficulté, mesures qui s’inscrivent dans le sens de l’amélioration du service d’éducation pour les publics qui en ont le plus
besoin.
L'évolution des emplois tient aussi compte de la capacité à mieux mobiliser les postes
d’enseignant existant. L'an prochain, au niveau national, l'équivalent de 5 000 emplois sur les 8 800 supprimés dans le second degré seront compensés par
les heures supplémentaires qu'effectueront les enseignants volontaires. Pour les élèves concernés, cela ne change évidemment rien, et même cela améliorera le nombre d'heures enseignées par
élève
C'est ainsi qu'au lycée Jules-Michelet,
dans un contexte de diminution du nombre total d’élèves, plus de la moitié des heures supprimées devraient être compensées par des heures supplémentaires.
Il faut noter, de plus, que les dotations horaires sont calculées en fonction de
prévisions d'effectifs pour la rentrée suivante. Or, les effectifs réels sont souvent bien inférieurs (ainsi, à la rentrée 2007, le lycée
Pablo-Picasso disposait de 150 places vacantes, résultant pour partie d'effectifs attendus et non réalisés), ce qui réduit fortement l'impact d'éventuelles décisions de
fermetures de postes ou de classes, qui sont elles prévues en amont.
Dans les collèges de
Fontenay-sous-Bois, à notre connaissance, compte tenu de l'augmentation de la part d'heures supplémentaires et de la diminution des
effectifs, le nombre d'heures par élève s'améliorera pour deux établissements sur trois (Joliot-Curie et Victor-Duruy), et se maintiendra à l'identique à Jean-Macé, malgré la
fermeture de quelques postes.
-Redonner des moyens à l’enseignement supérieur
Il faut aussi rééquilibrer les moyens au bénéfice de l'enseignement supérieur : la France
consacre 6 700 euros par an de financement public par étudiant contre 10 170 euros pour un lycéen.
Si la la France dépense davantage que les autres pays développés pour l'enseignement
secondaire (ce qui n'empêche pas les résultats scolaires des élèves français de régresser dans toutes les enquêtes nationales et les évaluations internationales), elle ne se situe qu'à la
15e place sur 23 au sein de l’OCDE au regard de la dépense par étudiant.
C'est pourquoi l'enseignement supérieur a été placé au premier rang des priorités,
ce qui se traduit par un engagement historique de 5 milliards d’euros d’ici 2012. Requalification et dynamisation des campus, création et rénovation de logements étudiant (5 000 logements neufs
créés et 7 000 rénovés en 2008), plan « Réussir en licence », qui se fixe pour objectif de diviser par deux le taux
d'échec en première année grâce à un accompagnement personnalisé des étudiants, relèvement des bourses, sont autant de déclinaisons de cette volonté forte d'améliorer la condition étudiante et de
relancer la France dans la compétition mondiale pour le savoir.
- Donner la même valeur au Bac pro qu'au Bac
général
Enfin, concernant la réforme du bac professionnel, nous souhaiterions vous apporter
les précisions suivantes.
Quatre raisons justifient la réduction de la durée de formation en bac pro de 4 à 3 ans
:
- tous les baccalauréats se valent : il ne saurait y avoir d'un côté la filière
normale (voie technologique et générale, sur une durée de trois ans) et, de l'autre, la filière lente de la voie professionnelle ;
- la longueur du cursus actuel décourage plus de la moitié des élèves (54%) qui préfèrent
quitter le lycée après le bac pro ;
- la préparation de deux diplômes successifs (un BEP, puis un bac pro) empêche de se
concentrer sur l'objectif final (celui du bac pro) ;
- dans les établissements qui n'ont aujourd’hui que des formations de BEP, le passage
au Bac Pro 3 ans représente pour les élèves la garantie d'un cursus continu jusqu'au baccalauréat au sein de leur établissement.
Le passage de trois années au lieu de quatre n'affaiblit en rien la valeur du diplôme :
le bac pro se préparera en trois ans comme tous les autres baccalauréats, il aura la même valeur (diplôme de niveau 4) et donnera les mêmes droits d'accès au supérieur, notamment pour les
élèves qui souhaiteraient poursuivre en BTS.
Retirer une année de formation sans changer le niveau du diplôme ne signifie pas,
non plus, condamner les élèves les plus faibles à ne jamais obtenir le bac pro. D'abord, une partie des disciplines enseignées pour le BEP sont communes avec celles enseignées pour le
bac pro. La réforme offre donc un parcours plus cohérent sur trois ans. Les élèves gardent ensuite la possibilité d'un cursus sur quatre ans puisqu'ils peuvent d'abord préparer un CAP en deux ans
avant d'entrer en première pro. Le nouveau cursus viendra de plus s'enrichir d'enseignements
de méthodologie qui offriront un vrai soutien aux élèves. Enfin, les élèves
pourront obtenir un diplôme de niveau 5 (BEP « rénové ») à l'issue de la seconde année de bac pro en trois ans.
Pour ceux qui l'ont déjà obtenu, le BEP ne perd rien de sa valeur :
il reste un diplôme de niveau 5 reconnu par les branches professionnelles.
Tout au long de l'année 2008, une concertation sera menée avec les branches et les
partenaires sociaux pour déterminer les contenus de la réforme. La rentrée 2008 constituera une poursuite de l'expérimentation engagée en 2001 par Jean-Luc Mélenchon. A partir de cette
expérimentation, les Commissions professionnelles consultatives auxquelles sont associées les branches professionnelles proposeront des modalités appropriées pour chaque secteur professionnel,
afin d'installer les bacs pro en 3 ans à partir de la rentrée 2009.
J’ajoute que pour 78% d’entre eux, les conseils d’administration des lycées de l’académie
se sont déclarés favorables aux ouvertures prévues pour septembre 2008. Seuls les baccalauréats ayant reçus cet avis favorable ouvriront à la rentrée.
Espérant que ces éléments d'information seront de nature à vous rassurer ainsi que vos
camarades, nous vous prions de bien vouloir faire circuler ce courrier,
Restant à votre disposition, nous vous prions de croire, Chère Mademoiselle, à
l’assurance de nos cordiaux sentiments.
Agnès Arcier Patrick
Beaudouin
Conseillère municipale Fontenay-sous-bois Député du
Val de marne
Suppléante du député Maire
de Saint-Mandé