Intervention en séance sur le Livre blanc de la défense : Renforcer l'esprit de défense

Publié le par Patrick Beaudouin

Dans un contexte de bouleversement rapide de l'environnement international, il était nécessaire de repenser notre politique de défense et de sécurité. C'est à cette tâche que s'est attelée une commission chargée d'élaborer, au terme d'une large consultation, un nouveau Livre blanc de la Défense et de la Sécurité nationale.


Le Livre blanc tire les conséquences de l'évolution des données de la sécurité nationale et internationale depuis le dernier Livre blanc, en 1994. De nouvelles menaces sont apparues : attentats terroristes, attaques informatiques, pandémies, catastrophes naturelles ou industrielles, ... Le Livre blanc définit en conséquence une stratégie de sécurité nationale qui apporte des réponses à l'ensemble des risques et menaces susceptibles de porter atteinte à la vie de la Nation.


Cette stratégie de sécurité nationale s’articule autour de cinq fonctions stratégiques : la connaissance et l’anticipation, érigées au rang de priorité ; la dissuasion nucléaire, qui demeure le fondement essentiel de notre stratégie ; la protection, avec un rapprochement des moyens de sécurité intérieure et civile et des forces armées ; la prévention et l’intervention, désormais concentrée sur un axe géographique prioritaire, allant de l'Atlantique jusqu’à la Méditerranée, au golfe Arabo-Persique et à l'océan Indien.


Le Livre blanc rappelle aussi que l’ambition européenne constitue une priorité, et souligne la complémentarité entre l’Union européenne et l’Alliance Atlantique.


Il détermine les nouveaux formats des forces armées à partir des objectifs opérationnels retenus et prend l'engagement que les crédits de défense ne baisseront pas.


Le Livre blanc rappelle enfin que, à une époque où le clivage traditionnel entre sécurité intérieure et sécurité extérieure s'est estompé, l'adhésion de la Nation est la condition de l’efficacité de la stratégie de sécurité nationale.


Alors que, pour la première fois, le Livre blanc était présenté au Parlement et faisait l'objet d'un débat, c'est ce dernier aspect que j'ai choisi d'aborder en séance le jeudi 26 juin, dans le prolongement des travaux que je mène en tant que rapporteur du lien armées / Nation pour le compte de la Commission de la Défense.


J'ai indiqué qu'il était indispensable de mettre en place une pédagogie, une morale et des obligations. Il s'agit en fait d'ajouter aux réformes strictement militaires un contrat de société pour défendre le bien commun, c'est-à-dire une véritable charte de l’engagement du citoyen au service de la communauté. C'est ainsi, et seulement ainsi, que le peuple se réappropriera et sa défense et les moyens qu'il doit y consacrer.


Ce programme pourrait s’articuler autour de cinq nécessités :

  • Un effort initial de pédagogie. Il s'agit de faire bénéficier les enfants d’enseignements adaptés qui mettent en valeur l’héritage historique et les valeurs républicaines, et de revaloriser les enseignements de défense actuellement proposés. Quant à l'appel de préparation à la défense, il pourrait être allongé.


  • Transmettre une mémoire et un patrimoine. La mobilisation des jeunes – et de l'ensemble des générations – ne peut se faire que si une mémoire collective et individuelle leur est transmise. L'histoire commune, les chemins de la mémoire, le patrimone de la défense, doivent être mis en valeur.


  • Renforcer le lien entre la nation et son armée et mieux faire connaître les enjeux de la défense. Cela passe par un effort accru de valorisation et de communication des armées, par l'appropriation par le Parlement des grands enjeux de sécurité et de défense, par la mobilisation des media.


  • Valoriser le don de soi à la société. Les politiques participant à l’esprit de défense pourraient trouver leur prolongement dans la création d’un service national civique, qui se déclinerait par une formation partagée entre la défense, puis l'institutionnel territorial pour les enjeux civiques, avant de se terminer par un engagement associatif humanitaire ou environnemental. Il faut aussi mieux valoriser la réserve citoyenne.


  • Préparer les élites profesionelles à des situations de crise. Tous ceux qui jouent un rôle actif dans la société, sur le plan politique (élus locaux notamment), économique, scientifique, technique, social, doivent garder à l’esprit que leur fonction quotidienne peut, à un moment donné, impliquer leur participation à la défense. Ils doivent recevoir une formation en conséquence dans le cadre de leurs études.


Un organisme pourrait rassembler l'ensemble des acteurs aujourd'hui disséminés. Sa vocation serait de faire vivre l'esprit de défense, en se chargeant de sa diffusion dans toute la société et en assurant l'information, la formation et la mobilisation des citoyens, particulièrement en cas de crise.

Publié dans Assemblée Nationale

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