Faut-il construire un "Grand Paris"?

Publié le par Patrick Beaudouin

Cette question est revenue au cœur de l’actualité, il y a quelques jours, suite aux déclarations de notre Président de la République, Nicolas Sarkozy, lors de l’inauguration du satellite n°3 à Roissy. Elle suscite légitimement doutes, inquiétudes ou espoirs, comme en témoignent les questions qui m’ont été posées à ce sujet, par l’intermédiaire de mon Blog ou de courriers. Je veux y répondre ici.

De quoi s’agit-il au juste ? L’interdépendance entre la capitale et les communes les plus proches est devenue une réalité pour la population. Les chiffres sont, à cet égard, plus révélateurs que tous les discours : Cette zone dite « dense » concentre 47 % de la population francilienne qui vit sur 4 % du territoire de la région. Elle rassemble 60 % des emplois, 90 % des déplacements de la région et plus de 80 % des logements sociaux d'Ile-de-France. 300 000 Parisiens travaillent en proche banlieue alors que 500 000 habitants de la Petite Couronne exercent leur activité professionnelle à Paris.

Cette situation de fait crée, naturellement, un certain nombre de difficultés qui exigent des réponses rapides, pragmatiques et efficaces. Or, Paris, à l'étroit dans ses 105 kilomètres carrés, ne peut plus régler ses problèmes de transports, de logements ni assurer son rayonnement économique sans rechercher des accords avec les villes qui l'entourent. La Région Ile de France souffre, quant à elle, d’un archaïsme administratif qui l’a conduit à la paralysie institutionnelle. La confusion autour du projet de métro en rocade, qui existe sous trois identités différentes - Arc Express pour la Région, Orbival pour le Conseil général du Val de Marne, Métrophérique pour la RATP – en est l’une des illustrations les plus frappantes.

L’intervention du Président de la République s’inscrit dans cette volonté de refus de l’immobilisme et d’inévitable déclin en guise de promesses d’avenir. La spécificité de Paris en tant que métropole Région/Capitale européenne et mondiale confère à la question de son devenir une portée nationale. Nicolas Sarkozy en a clairement défini les enjeux: « L’Etat peut-il se priver d’avoir un projet et une stratégie pour la Région économiquement la plus puissante d’Europe, qui produit 28% de la richesse nationale de notre Pays ? ». Tout est dit.

Il n’est pas question de revenir sur les lois de décentralisation mais de réfléchir à la manière la plus pertinente et rationnelle d’organiser les pouvoirs dans l’agglomération. Il ne s'agit pas non plus d'ajouter des strates de décision supplémentaires, mais de coordonner le territoire, en établissant éventuellement des instances intercommunales et un cadre juridique sur un « coeur d'agglomération », entre Paris et les communes voisines. La conférence métropolitaine, seule structure de concertation existante à ce jour, n’est clairement pas à la hauteur de ces enjeux.

Nous avons tous à y gagner : Une politique commune en matière de services collectifs tels que le traitement des déchets, de logements, d’urbanisme, de développement économique permettrait, sans nul doute, de gagner en rapidité et en efficacité.

S’il n’y avait toutefois qu’un seul argument pour justifier la mise en place d’un Grand Paris, ce serait les transports, secteur qui souffre de politiques contradictoires entre Paris et les départements périphériques.

J’ajoute que les arguments financiers utilisés par le Conseil régional à l’encontre, par exemple, du projet de métro en rocade ne sont pas incontournables.  Je suis, ainsi, favorable au recours à un grand emprunt d'Etat pour financer les projets de transports sans lesquels notre compétitivité et notre attractivité sont condamnées au déclin. Cette question ne doit pas être taboue. Comme l’a souligné Nicolas Sarkozy, cette dette ne financera pas le présent mais l’avenir, elle ne représentera pas un passif mais un actif.

Je suis prêt à réfléchir à toutes ces questions avec l’ensemble des collectivités concernées. Je n’y objecterai qu’une seule condition : le respect de l’identité des communes. C’est à l’intérieur de nos villes que se crée le lien social, c’est à l’échelon local que se traitent les questions humaines. En aucun cas cette dimension ne doit disparaître.

Retrouvez l’opinion de plusieurs élus franciliens sur le Grand Paris en cliquant ici : http://www.20minutes.fr/article/169099/Paris-Grand-Paris-les-elus-reagissent.php

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