Réponses du Premier ministre sur la réforme des retraites

Publié le par Patrick Beaudouin

Face à l'agitation, parfois irrationnelle, à laquelle donne lieu le projet de réforme des retraites, il était agréable d'entendre les réponse parfaitement argumentées et pleine de sang-froid du Premier ministre, François Fillon, interrogé, lors de la séance de questions au Gouvernement ,cet après-midi, par Jean-François Copé, président du Groupe UMP, et par Jean-Marc Ayrault, président du Groupe socialiste.

 

C'est pourquoi j'ai tenu à vous les faire partager.

  

M. François Fillon, Premier ministre. Monsieur le président Copé, le Président de la République et moi n’avons jamais pensé que cette réforme serait facile, pas plus que ne l’ont été celles de 1993, de 2003 ou de 2007, qui pourtant, aujourd’hui, sont acceptées par la plus grande partie de nos concitoyens et par une grande partie de ceux qui siègent sur les bancs de l’opposition.

 

Nous écoutons, nous respectons les inquiétudes qui s’expriment, mais, en même temps, je veux le dire très solennellement à cette heure devant l’Assemblée nationale, nous sommes décidés à mener cette réforme à son terme.

 

Nous la mènerons à son terme, d’abord, parce que c’est une réforme raisonnable. Porter l’âge légal de la retraite à soixante-deux ans quand il l’a été, dans la quasi-totalité des autres pays européens, à soixante-cinq, soixante-six, soixante-sept, voire soixante-huit ans, c’est un choix raisonnable que nous revendiquons avec la majorité.

 

Nous la mènerons à son terme parce que c’est aussi une réforme juste, qui comporte des avancées sociales que ceux qui crient sur ces bancs n’ont jamais eu le courage de mettre en œuvre, notamment sur la pénibilité, sur les carrières longues, et qui avaient été maintes fois promises et jamais mises en œuvre. Les deux gestes qui ont été faits au Sénat pour les mères de famille et pour les parents d’enfants handicapés ont été reconnus par plusieurs organisations syndicales comme des avancées sociales notables.

 

Nous la mènerons à son terme, enfin, parce que c’est une réforme indispensable au financement des retraites de nos concitoyens.

 

En démocratie, la voix de ceux qui manifestent, de ceux qui font grève doit être respectée, mais la voix du Parlement, qui représente le peuple français, doit aussi être respectée. Vous avez voté cette réforme et le Sénat est en train de la voter.

 

En république, les voies de l’intérêt général ont leurs exigences : exigence de vérité devant les défis démographiques, exigence de l’effort parce que nous ne pourrons pas financer les régimes de retraite sans un effort supplémentaire partagé, exigence de solidarité intergénérationnelle parce que ce n’est pas à nos enfants de payer le prix de notre imprévoyance ou de notre démagogie.

 

Je n’ai pas de leçon à donner aux jeunes lycéens qui ont été appelés à la rescousse pour étoffer les manifestations. Je dis simplement que le sort de leurs retraites ne sera pas garanti par ceux qui leur promettent de sauver l’avenir en sacrifiant le présent.

 

M. François Fillon, Premier ministre. Monsieur le président Ayrault, que proposez-vous ? De tout arrêter ? C’est conforme à ce que le parti socialiste a toujours fait sur la question des retraites, mais ce n’est pas conforme à notre vision de l’intérêt général et du sauvetage de nos régimes sociaux.

 

Vous nous proposez de tout renégocier. Mais il ne vous a pas échappé que, dans les cortèges, on entend beaucoup de revendications, et souvent très contradictoires : certains réclament que l’on revienne sur l’âge légal, d’autres ne veulent pas que l’on allonge la durée de cotisation. Certains exigent que la pénibilité soit étendue à tous les métiers, d’autres enfin commencent à demander le retour des régimes spéciaux, réformés en 2007. Vous le voyez, monsieur Ayrault, tout cela ne fait pas un projet solide pour sauver nos retraites.

 

Pour sécuriser notre régime de retraite par répartition, il n’y a qu’une seule solution : l’allongement de la durée de travail et l’allongement à soixante-deux ans de la date à laquelle on prend sa retraite. C’est la solution qui a été choisie par tous les pays européens sans aucune exception, et c’est ce que préconise le directeur du FMI que vous refusez d’entendre. Vous refusez de l’entendre parce que vous avez choisi la démagogie.

 

Vous prétendez que nous n’avons pas l’appui de l’opinion. Mais pensez-vous vraiment que vous allez obtenir son estime en la trompant, comme vous le faites, sur la réalité, et en lui cachant la vérité ?

 

Monsieur Ayrault, un jour les Français vous demanderont des compte parce que chacun sait que les engagements que vous êtes en train de prendre sont destinés à être trahis, comme vous les avez toujours trahis depuis que cette question de la réforme des retraites est sur la table du Parlement.

 

Personne ne reviendra sur le passage à soixante-deux ans de l’âge légal de la retraite parce que ce serait une folie économique et une catastrophe sociale.

 

La vérité, c’est que secrètement, beaucoup d’entre vous le savent et cela, mesdames, messieurs les députés socialistes, vous rend d’autant plus coupables devant l’histoire !

Publié dans Assemblée Nationale

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