Je mets en ligne, ci-dessous, le discours que j'ai prononcé, dimanche dernier, à Saint-Mandé, lors de la cérémonie de la Journée nationale
du souvenir des Français morts en Indochine. 100 000 soldats sont morts pour la France en Indochine et 76 000 ont été blessés. Il est de notre devoir de transmettre la mémoire de cette
histoire.
DISCOURS
Cette année, la commémoration du souvenir des morts d'Indochine revêt, à Saint-Mandé, un caractère particulier.
En effet, la cérémonie traditionnelle au Monument aux Morts est suivie de l'inauguration de l'exposition consacrée à la guerre
d'Indochine réalisée par l'Office National des Anciens Combattants.
La remarquable page d'histoire, qu'écrivent les images et les textes qui nous sont présentés, nous entraîne à une réflexion qui
dépasse le simple rappel des évènements de 1946-1954 aussi glorieux et douloureux soient-ils.
En visitant cette exposition, une question m'est venue à l'esprit qui contredit les thèmes habituels de l'histoire coloniale.
Si l'on considère les faits, certes la guerre, qui a opposé les combattants du Viêt Minh et la France, a été acharnée, longue,
violente et nous avons ressenti durement notre défaite et la perte de ce qui était le fleuron de ce que l'on appelait l'Empire Français.
Or, bizarrement, cette épopée coloniale ne s'est pas fondée sur un désir de domination, d'exploitation mais, surtout, sur un sentiment
d'amitié, je dirais même d'amour, entre des peuples qui se sont rencontrés par hasard et qui, sans cesse, ont cherché à dominer leurs différences.
Les premiers pas de la colonisation sont culturels, ils sont ouverts par les Jésuites. Et, dès ce moment, des rapports étranges
s'établissent entre Indochinois et Français. D'un côté, la conversion de larges masses de la population et, de l'autre, le refus.
C'est ce conflit qui provoque l'intervention militaire et les Français, qui viennent au secours de leurs compatriotes, découvrent un
pays dont la population, la civilisation, la richesse bien sûr, la beauté du territoire les subjuguent. Leur conquête les fait prisonniers d'un ensemble de pays dont ils sont tombés amoureux et
qu'ils vont aider à se développer.
Comme le souligne l'exposition, l'Indochine va devenir le fleuron de l'Empire colonial qui se constitue. Non pas le fleuron d'une
puissance, mais un fleuron qui est le résultat d'une attirance mutuelle qui n'aura pas de fin, même après l'indépendance.
Si l'on regarde derrière les faits que décrit cette exposition et qui disent l'opposition, qui s'est manifestée entre ceux qui
voulaient leur indépendance et ceux qui assuraient l'emprise de la France, on découvre cependant une grande histoire d'amour réciproque. Une histoire quasiment ignorée des Français, mais conduite
par une poignée d'hommes dont le Laos, le Cambodge, l'Annam et la Cochinchine s'étaient emparés et pour lesquels l'Indochine était une seconde patrie.
Ces hommes ont pacifié un pays en proie aux luttes intestines et ont permis l'unification des populations.
Ils ont développé les ressources du pays, certes avec les défauts du colonialisme de l'époque, mais ils ont fait, à la veille de la
guerre, de cette colonie la "perle de l'empire".
Ils se sont sacrifiés pour qu'elle ne tombe pas sous le régime de l'empire nippon qui jouait le nationalisme pour mieux asservir les
populations. On oublie souvent les milliers de soldats et de civils morts en 1945, sans espoir de secours, pour que l'Indochine ne devienne pas une colonie japonaise.
A partir de 1946, la lutte contre les nationalistes apparaît comme un malentendu qui ne pourra être surmonté et l'Armée Française,
sans soutien véritable de l'opinion, se bat, non pour une Indochine française, mais, pour une Indochine libre et maîtresse de son destin en dehors de tout idéologie.
Plus de cent mille soldats de l'Union Française Métropolitaine ou d'Outre-Mer, l'élite de notre Armée, tomberont au nom de ce
rêve.
Aujourd'hui, nous commémorons leur sacrifice, mais aussi celui des Indochinois qui partagèrent leurs rêves, des catholiques du Nord,
des Mong des montagnes, des Maï des hauts plateaux. Des milliers qui avaient opéré le choix que De Lattre avait proposé à la jeunesse "si vous êtes contre nous, partez dans la montagne, si vous
partagez notre idéal, rejoignez-nous".
Le rêve s'est achevé à Dien Bien Phu, mais avons-nous tout perdu ? Il n'est que de voir l'importance et la richesse culturelle de ceux
qui ont choisi la France et sont venus s'y installer pour y vivre et y prospérer, pour s'intégrer à notre pays et dont un nombre important réside dans notre commune, pour savoir que tout n'a pas
été perdu.
C'est à eux tous que, devant notre Monument aux Morts, et en visitant avec le regard de l'amitié cette exposition, nous rendons
l'hommage qu'ils méritent.
Quoiqu'il en soit de la situation politique entre nos deux pays, c'est le sentiment d'un amour commun qui nous anime qui poursuit dans
le présent et l'avenir ce que nous avons conçu dans le passé.